Lerie Sankofa, artiste-chanteuse ivoirienne au talent séducteur, nous plonge dans son univers où se rencontrent tradition et modernité.
Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans la musique ?
J’ai
commencé à m’intéresser à la musique par suivisme, car à l’âge de 9 ans, je
voulais tout faire comme mes grands frères. J’ai très vite montré de bons
signes, mais c’était juste une passion. J’aimais voir la fierté dans le regard de
mes frères. C’est en 2010, suite à un voyage en Algérie, pour un festival, que
j’ai décidé d’en faire une carrière.
En
Afrique, la percussion est généralement réservée aux hommes. Comment vous est
venue l’amour pour cet instrument « masculin » ? Quel a été le regard des gens quand
vous décidez de jouer à cet instrument ?
Mon intérêt
pour cet instrument est né lorsque j’étais en fin de cycle primaire. C’était
une période où nous avions reçu un cousin du village et j’ai été fascinée par
la dextérité avec laquelle il jouait. C’est auprès de lui que j’ai commencé mon
apprentissage. Et voir mes grands frères s’illustrer brillamment sur cet
instrument m’a poussée à m’y intéresser davantage.
Pour mon
entourage à l’époque c’était un fait naturel car j’étais une enfant très
énergique, « un garçon manqué ».
En tant
que femme dans l’industrie musicale en Côte d’Ivoire, quels sont les plus
grands défis auxquels vous avez été confrontée ?
En tant que
femme percussionniste, il était difficile de rivaliser avec les hommes. Je me
suis donc donné pour objectif d’avoir une bonne maitrise de mon instrument de
sorte à être coptée par nécessité et non par complaisance.
Votre nom
de scène « Lerie Sankofa » a une résonance particulière. Pouvez-vous nous
expliquer sa signification et ce qu’il représente pour vous ?
LERIE, est
le diminutif de VALERIE. SANKOFA fait référence à un oiseau mythique dans la
tradition AKAN. Il signifie un retour en arrière pour s’inspirer de son passé afin
de mieux appréhender son futur. Cela représente pour moi un symbole de sagesse
et j’avais justement besoin d’un nom qui allait m’influencer positivement donc
je l’ai choisi.
La
musique ivoirienne est riche et diversifiée. Quels artistes ou genres musicaux
vous ont le plus influencée dans votre parcours ?
J’ai été
influencée par les musiques traditionnelles dites musique du terroir ivoirien
et aussi par des artistes occidentaux, principalement les ZAP MAMA.
Votre
musique est une fusion de plusieurs styles. Comment décririez-vous votre style
musical ?
Ma signature
musicale est un cocktail de musique traditionnelle et moderne que j’ai nommé
l’Afrolight, un terme qui m’a été prêté par Mme BOMOU KHADY (NDLR : une figure
culturelle bien connue en Côte d’Ivoire).
Quelle
est votre source d’inspiration principale pour composer vos chansons ?
Avez-vous des rituels ou des habitudes créatives particulières ?
Je crée en
général mes chansons de deux manières. D’un côté, je reçois les mélodies avec
les paroles par inspiration. De l’autre, quand je dois composer, je le fais pendant
la nuit pour me mettre dans certaines dispositions physiques et spirituelles,
car il faut que ma musique touche les cœurs. Permettez-moi de garder secret les
rituels auxquels je me soumets.
Pouvez-vous
nous parler de l’une de vos chansons qui a une signification particulière ? Quelle
est son histoire ?
Le titre
MAMA. Je voulais composer une musique en hommage à l’amour, le courage et la
protection de la femme-mère. Je souhaitais que ce soit une musique qui véhicule
de l’émotions et qui durerait dans le temps. Je me suis mise en condition.
C’est après trois jours et trois nuits que j’ai enfin reçu la mélodie. Je
n’avais jamais trimé aussi longtemps pour la composition d’une chanson. Aujourd’hui,
elle fait partie de mes titres les plus écoutés.
Avez-vous
un souvenir marquant d’un moment où vous avez ressenti que votre musique avait
un impact profond sur votre public ?
Lors d’un de
mes spectacles, en tant qu’artiste solo, en 2019, j’ai vu les spectateurs
couler les larmes en écoutant NE M’ABANDONNE PAS, un titre dans lequel
j’exprime la douleur et les craintes d’une femme atteinte d’une maladie incurable.
Je m’étais intérieurement réjouie, car c’est cette émotion que je ressentais et
que je voulais transmettre.
Dans 10 ans,
où vous voyez-vous en tant qu’artiste et quel impact aimeriez-vous avoir laissé
sur la scène musicale ivoirienne et au-delà ?
Dans 10 ans,
ma musique sera internationalement connue et écoutée avec à mon actif plusieurs
Awards. Ma musique est un croisement entre culture traditionnelle et moderne ;
mon souhait est qu’à travers elle notre culture soit toujours appréciée.
Si vous
aviez un conseil à donner aux jeunes artistes ivoiriens qui veulent se lancer
dans la musique, quel serait-il ?
Mon conseil
aux plus jeunes : peu importe le style musical dans lequel vous souhaitez
évoluer, la connaissance et la valorisation de votre culture traditionnelle
musicale est un bon atout. Votre culture vous permettra de vous singulariser et
de vous faire une place.
Richard Konan