Lorsque Cloé, jeune étudiante pétillante issue d’une famille aisée, fait la rencontre de Pierre-Philippe ASSEPO, enseignant à l’université, rien ne présumait que ces deux êtres tomberaient amoureux et fonderaient un bon foyer.
Heureux, unis « pour le meilleur et pour le pire » comme le veut la formule, ce couple à la vie tranquille va connaître une période de turbulences extrêmes.
Le fautif : Ange Ulrich, le demi-frère
de Pierre- Philippe. Il va faire irruption, de la plus triste des manières,
dans leur ménage. Adultère, chantage odieux, haine, trahison, déchirement et
incompréhension vont désormais être leur lot quotidien.
Au travers d’une écriture alerte,
captivante, mais aussi décapante, l’auteure va conduire le lecteur dans les blessures
d’une famille désormais déconstruite, déchirée et que tout oppose. Cette
famille va s’emmurer, lentement mais sûrement, dans une honte insurmontable : Ange
Ulrich étant passé par là.
À l’origine de tout cela, le passé
familial. Ange Ulrich était un enfant choyé par ses parents. Il bénéficiait de
toutes les attentions et obtenait tout, sans fournir le moindre effort. C’était
lui, le plus beau, le centre de tous les regards, celui qui avait tout pour
réussir, et qui aurait eu un destin et une carrière professionnelle exceptionnels
si...
En effet, sa vie sera marquée par un «
si » si triste. Ange Ulrich ne sera pas, hélas, au nombre des élus paradant sur
les terres bienheureuses de la réussite sociale. Ironie du sort, c’est son
aîné, celui qui passait au second plan, qui connaît une ascension fulgurante.
Brillant universitaire, il épouse la fille de l’une des plus grosses fortunes
du pays.
De retour au pays, après un voyage
infructueux en Hexagone, Ange Ulrich ne supporte pas la situation socioprofessionnelle
de son frère. Il décide alors de lui pourrir la vie et d’être son pire cauchemar,
tout simplement. Il y met la manière :
« Le visage de Cloé se décomposa, son
sourire s’effaça, son pouls s’accéléra, ses mains se mirent à trembler, elle
devint complètement livide et s’écroula. L’homme qui l’avait humiliée dans les
toilettes, c’était le demi-frère de son époux. », écrit l’auteure.
Le couple Assepo résistera-t-il à ce
frère machiavélique qui, plus est, se dit prêt à tout pour atteindre ses
objectifs ?
Charlène DANON, dans son attachant
roman Le Mur de la honte, questionne le socle qui fonde toute société,
c’est-à-dire l’éducation des enfants, les valeurs que doivent impérativement leur
inculquer leurs parents.
Au travers de l’expérience de la
famille ASSEPO, cette jeune écrivaine à la plume tendre montre combien les
parents, avec innocence souvent, jouent un rôle majeur et déterminant dans l’ascension
ou la descente aux enfers de leurs enfants. Elle prouve, en outre, combien une
enfance, qu’elle soit heureuse comme malheureuse, peut avoir des répercussions indélébiles
et marquer au fer rouge un être en pleine construction.
Le Mur de la honte est un ouvrage
croustillant qui séduit et tient le lecteur en haleine. Les personnages de
cette œuvre sont bien construits, la narration y est aisée. Les onze chapitres
que compte ce roman permettent à cette jeune auteure de faire évoluer, avec lucidité,
ses personnages au fil des pages, pour le plus grand bonheur des lecteurs. La
fin inattendue de ce récit invite à la réflexion. Car un bon roman est aussi
cela : une ouverture sur les questionnements existentiels.
Très bonne lecture.
Isabelle Kassi
Fofana (directrice générale de Massaya Editions)