Voir son action être constamment rejetée par les autres, assister impuissant à la marginalisation de son point de vue… Bref, se sentir incompris est une situation qui, si elle ne nous met pas en conflit avec les autres, ne manquera pas de nous faire douter de notre propre raisonnement, de nos choix, de nos convictions.
Faudrait-il
alors se fondre dans le conformisme ou plus radicalement se taire pour éviter d’être
incompris des autres ?
Être
incompris ne doit pas être perçu comme un fait pathologique. Il s’agit plutôt
d’un phénomène normal dû à l’hétérogénéité des systèmes de valeurs humains. En
effet, tout au long de notre vie, nous construisons, par l’éducation,
l’expérience ou l’imitation, un système de valeurs qui agit comme un GPS
orientant notre perception de la réalité et partant, nos actions. Or, à partir
du moment où notre système de valeurs découle de notre trajectoire personnelle,
cela implique qu’il soit différent, voire en contradiction avec ceux des
autres, et ce d’autant plus que nous avons des socialisations différentes. Du
coup, lorsque nos valeurs ne sont pas similaires à celles des autres personnes
avec qui nous interagissons, il y a des risques qu’éclatent des conflits de
représentation qui se manifestent sous la forme d’incompréhensions.
Que faire
alors pour éviter ce genre de conflits ? La solution pourrait provenir d’un
ajustement de nos manières de faire, de penser et de sentir le monde selon le
contexte et les intérêts en jeu. Autant le dire tout de suite, cela ne revient
pas à renier sa personnalité ou encore à refouler ses émotions pour éviter les
incompréhensions avec les autres. Ce ne serait qu’une fuite en avant qui nous
mettrait en situation d’inconfort social et retarderait simplement d’éventuels
clashs encore plus sévères. Il s’agit ici d’adopter une posture stratégique
visant à dire ce que l’on pense ou à faire ce que l’on veut en tenant compte,
toutefois, du calcul coût-bénéfice.
Au final,
retenez ceci « Ne soyez pas triste ou surpris d’être incompris, cela témoigne
de la singularité de votre personnalité. Préoccupez-vous plutôt de ce que vous avez
à gagner ou à perdre en faisant comme les autres ».
Serge Gohou
(sociologue, contributeur)