Selon les données les plus récentes de l’UNESCO, plus de 765 millions d’adultes dans le monde n’ont toujours pas de compétences de base en matière de lecture, d’écriture et de calcul. Pour y remédier, des efforts concertés au niveau mondial sont réalisés quotidiennement. Ces efforts de vulgarisation de l’alphabétisation visent, entre autres objectifs, la facilitation de l’intégration sociale des personnes adultes.
CE QU’INTÉGRATION SOCIALE VEUT DIRE
Le concept
d’intégration sociale est polysémique. Mais en s’appuyant sur l’approche du
sociologue français Emile Durkheim, on peut globalement le comprendre comme le
fait de « vouloir-vivre ensemble ». Et, pour vivre ensemble, les hommes doivent
d’abord le souhaiter, c’est-à-dire manifester le désir et la capacité d’appartenir
au groupe ou à la société de référence.
Ensuite,
l’entité à laquelle les individus souhaitent appartenir doit les accepter en
tant que membre à part entière. Enfin, les individus en question doivent participer
à la vie de la société ou du groupe auquel ils ont manifesté le désir
d’appartenir. Sous ce regard, on peut s’interroger sur le mécanisme de
réalisation de l’intégration sociale, notamment par le biais de l’alphabétisation.
L’ALPHABÉTISATION, UN MULTIPLICATEUR DE L’INTÉGRATION SOCIALE
L’alphabétisation,
en tant que processus d’acquisition de l’instruction est un puissant facteur
d’intégration dans le monde actuel gouverné par la civilisation de l’écrit. En
effet, dans les sociétés modernes, a priori débarrassées du principe organisateur
social par la naissance (aristocratie), la méritocratie est perçue comme
l’incarnation de la compétition, de la mobilité ascendante, du progrès. Or,
cette méritocratie s’appuie de plus en plus sur la possession de capitaux
culturels (capacité à pouvoir lire, écrire, compter, acquisition de diplômes,
etc.) qui sont, à la fois, des indicateurs de compétence des individus et le
fondement de leur légitimité à prétendre à certains rôles et statuts dans la
société.
Savoir lire, écrire et calculer deviennent donc des aptitudes de plus en plus indispensables pour être accepté à l’intérieur d’un nombre croissant de cadres sociaux et pour y occuper des fonctions importantes. Même les domaines d’activités, qui naguère ne nécessitaient que l’utilisation exclusive de la force physique et/ou des pratiques routinières, « s’alphabétisent » désormais. Communiquer avec les autres, se soigner, voyager, commercer…toutes ces activités de la vie ordinaire requièrent de plus en plus le minimum : savoir lire. Dès lors, on peut affirmer que les sociétés humaines modernes valident pleinement le rôle de l’alphabétisation en tant que facteur d’intégration de l’homme dans la société.
Somme toute,
dans les sociétés humaines modernes marquées par l’omniprésence des lettres et
des chiffres, l’analphabétisme devient un handicap susceptible d’exposer les
analphabètes au déclassement et à la marginalisation sociale. A contrario, les
personnes alphabétisées sont socialement valorisées et maximisent ainsi leurs
chances de comprendre le monde tel qu’il s’offre aujourd’hui et de s’orienter habilement
à travers ses dédales.
Serge Gohou
(sociologue, contributeur)