Tout n’est pas que dans la gestuel, dans le corpus du ‘‘canonique’’, au-delà du soin artistique et esthétique dans l’observation des œuvres dites pieuses, fussent-elles fleuves, abondantes.
Tout part de
cette portion invisible, intime, profonde et intérieure. La source première et
réelle de la motivation de l’acte, celle qui lui imprime son sens, sa valeur,
sa force, sa profondeur et qui n’est perceptible ni par le témoignage des yeux,
ni par celui de la langue. Celle que ne voit que Celui Qui voit au-delà de tout
regard, de toute apparence.
Le Messager
d’ALLAH, saw est incisif : « Certes, Allah ne regarde pas vos apparences ni vos
biens, mais en revanche, Il regarde vos œuvres et vos cœurs. ». Là où on parle
de cœur, on évoque justement cette part d’intimité exclusive et dédiée qu’Au
Seul Qui mérite d’être adoré, ALLAH, Maître et Créateur de l’Univers.
C’est de là
que tout part et se déclenche. Le moteur du cheminement, de l’évolution
spirituelle, de l’intimité avec l’UN, l’Unique et Sans Associé. L’exclusivité
de l’adoration, la sincérité dans la dévotion, l’illumination dans le
cheminement, les secrets de l’élévation ici-bas et dans l’au-delà. Tout n’a de
sens que dans l’intimité de l’unicité absolue, Al Ikhlas.
Les exigences du cheminement spirituel
L’adoration
n’a de valeur en Islam que par la pureté du monothéisme et la sincérité qui
suppose l’exclusivité de la recherche de l’agrément divin, qui motive l’acte du
musulman.
A-
L’attachement exclusif à l’unicité divine absolue
« Au nom
d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Dis : « Il est Allah,
Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous désirons. Il n’a jamais engendré,
n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui ». S 112. Elle est
appelée Al Ikhlas, le monothéisme pur.
La foi du
musulman lui impose une force de conviction et d’attachement inconditionnel et
indicible à la divinité dans sa triple dimension consacrée, l’unicité de Dieu
dans la Seigneurie, dans l’adoration et dans les noms et attributs, sans
anthropomorphisme et associationnisme.
La Sourate
Ikhlas est aussi le désaveu du polythéisme et de l’associationnisme. Du reste,
il s’agit du plus grand péché en Islam et pour lequel Le Seigneur est formel :
« Certes, ALLAh ne pardonne pas qu’on Lui donne quelque associé. A part cela,
Il pardonne à qui Il veut… » S 4 V 48.
Bien
évidemment, tout péché, aussi immonde soit-il, est d’office pardonné tant que
le pécheur procède à un repentir sincère avant que ne survienne la mort. Ce qui
suppose le regret de l’acte, l’arrêt systématique du péché, la demande sincère
de pardon et l’engagement ferme et résolu de ne plus commettre le péché. Ce
n’est qu’avec ces étapes validées que Dieu pardonne totalement.
L’acte n’a
donc de valeur que lorsqu’il ne vise que ALLAH et lorsqu’il n’est accompli que
tel que ALLAH l’a décrété, sans corruption aucune venant d’une autre forme de
conviction et de croyance. Sans le respect de cette conditionnalité indispensable,
obligatoire et irremplaçable, la foi ne devient qu’un simple artifice, le
cheminement et l’évolution spirituelle, des illusions d’optique.
Al Ikhlas,
c’est d’abord ce lien unique, universel et intime à l’UN, duquel découle une
adoration qui ne saurait se partager avec une autre créature et qui ne soit
dédiée que à ALLAH Seul. C’est ensuite, la sincérité avec laquelle l’on agit et
qui suppose, la recherche exclusive de la Face éclairée d’ALLAH. La recherche
de l’intimité et de l’amitié.
B- La
sincérité dans le cheminement spirituel
Les
enseignements de l’Islam ont un aspect visible et tirent leur spécificité des
prescriptions juridiques et jurisprudentielles qui régularisent et réglementent
l’acte. L’application est donc soumise à un corpus de conditionnalités dont la connaissance
reste accessible à tous.
Mais il y a
l’autre facette de la médaille, où seul le cœur imprime à l’acte, sa force et
sa richesse. Le cœur devient le miroir à travers lequel s’aperçoit la beauté,
la singularité et la profondeur de l’acte posé.
Et c’est à
l’intérieur de ce cœur que Dieu regarde pour valider l’adoration et les œuvres
du musulman à qui il revient de se poser un certain nombre de questions, chaque
fois qu’il agit. Il doit se rassurer qu’il n’agit que pour la recherche de
l’amour d’ALLAH Seul et non pour les honneurs, les intérêts passagers et le
regard des autres. Il doit se rassurer de n’agir que par reconnaissance et
Amour pour Allah Seul, qu’il soit encouragé ou blâmé ou encore ignoré, sa
motivation doit venir du fait qu’il sait qu’à chaque pas, il a le regard divin
sur lui : « Adore Allah comme si tu le voyais et si tu ne le vois pas certes
Lui te voit. » a dit le Messager d’ALLAH.
Al Ikhlas
ici spécifiquement, c’est d’agir, de s’abstenir, de parler ou de se taire, non
par le fait de regard ou d’influence extérieure, mais par conscience de la
présence intime et permanente d’Allah. Cette dimension est par ricochet celle qui
conduit à la piété (At Takwa), la conscience permanente de Dieu, le cordon par
lequel le cheminant investit la demeure de la contemplation, de l’intimité et
de la satisfaction divine.
Les fruits de l’attachement exclusif du croyant à Allah
L’Islam est venu comme un hymne de gloire pour réconcilier la descendance d’Adam avec le monothéisme pur, afin de la libérer des étreintes des croyances saugrenues et galvaudées. La libération du croyant de toute servitude et l’aspiration à la plénitude résident inexorablement en cet attachement intime à la divinité, ce témoignage de conscience présente de la présence permanente de DIEU.
A- Le secret
du confort et de la transformation
C’est à
force de forger avec une intention intime de rapprochement constant, pure et
profonde, protégée de l’ostentation, des calculs des honneurs et du gain
matériel, quantifiable et périssable, que Dieu ouvre au croyant, le coffre de
Ses secrets et de Son confort permanent.
Il ne cesse
ainsi de se rapprocher de Dieu, jusqu’à ce qu’il se fonde avec LUI. Pas une
fusion des natures, Dieu étant
« Unique et
sans associé et nul n’est égal à Lui », mais un lien intime ordonné par la
qualité du rapprochement. Et en cela, Allah devient pour lui, ce Bouclier
Infranchissable, tel que mis en évidence par ce hadith de source divine révélé
au Messager saw : « Quiconque s’en prend à l’un de Mes alliés, alors
assurément, Je lui déclare la guerre ! Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi
par une chose que J’aime plus que lorsqu’il accomplît ce que Je lui ai imposé ;
et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par le biais des œuvres surérogatoires,
jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il
entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il prend et le pied
par lequel il marche. S’il Me demande quelque chose, certainement Je le lui
donne et s’il cherche refuge auprès de Moi, certainement Je lui accorde refuge
»
Pourquoi les
gens vivraient-ils dans la gêne aujourd’hui, l’instabilité, l’insécurité, la
peur et la désolation, alors qu’ils prient chaque jour, qu’ils ne passent de
jour sans prononcer le nom du Seigneur ? Pourquoi les hommes sont si
malheureux, déstabilisés aujourd’hui alors qu’ils disent diner chaque soir sur
la table du Seigneur ?
En vérité,
beaucoup n’ont Dieu que dans les mots, le verbe, la gymnastique et non dans le cœur.
Seuls les actes accomplis avec sincérité et en vue de la recherche de
l’agrément divin, déclenchent le processus de l’assistance divine permanente et
de la manifestation du Seigneur dans le quotidien du croyant.
Beaucoup de
prédicateurs, de prêcheurs, de guides religieux, de serviteurs et d’hommes dits
de Dieu disparaitraient des théâtres de l’adoration divine, du champ du don de
soi et du sacerdoce, si les espèces sonnantes et trébuchantes étaient appelées
à disparaître comme émoluments.
De faux
lieutenants de Dieu qui en réalité, ne sont que des hommes d’affaires qui
s’agrippent sur le Nom de Dieu aujourd’hui dans les temples, parce qu’ils
savent justement, qu’Il nourrit son homme avec beaucoup de rondeur et de protubérance
en jouant sur la soif spirituelle et la sensibilité de leurs ‘‘ouailles’’. Le
message de l’Islam est de dire que de telles personnes n’auront ici que ce
qu’elles méritent et ce qu’elles peuvent espérer de Dieu, puisque leur
intention ne vaut que pour se servir et non pour servir le Seigneur.
B- Une
garantie pour le succès
Dans un
hadith mis en évidence par Mouslim et d’après le compagnon du Messager Abou
Houreira (que ALLAH les agrée), le Prophète Mouhammad saw a dit : « Certes les
premiers des hommes qui seront jugés le jour du jugement seront :
- Un homme
qui est mort en martyr. Il sera apporté et Allah lui fera reconnaître ses
bienfaits sur lui et il les reconnaitra. Il dira : Et qu’as-tu fait avec ces
bienfaits ? Il répondra : J’ai combattu pour Toi Allah, jusqu’à ce que je meure
en martyr. Allah dira : Tu mens, tu as plutôt combattu pour que l’on dise que
tu étais courageux et cela a été dit. Ensuite Allah va ordonner qu’il soit
traîné sur son visage jusqu’à ce qu’il soit jeté dans le feu.
- Un homme
qui a appris la science, l’a enseigné et a lu le Coran. Il sera apporté et
Allah lui fera reconnaître ses bienfaits sur lui et il les reconnaitra. Il dira
: Et qu’as-tu fait avec ces bienfaits ? L’homme répondra : J’ai appris la science,
je l’ai enseigné et j’ai lu le Coran tout cela pour toi. Allah dira : Tu mens,
tu as plutôt appris la science pour que l’on dise que tu es un savant et tu as
lu le Coran pour que l’on dise que tu es un lecteur et tout cela a été dit.
Ensuite Allah va ordonner qu’il soit traîné sur son visage jusqu’à ce qu’il
soit jeté dans le feu.
- Un homme à
qui Allah a accordé ses largesses et à qui il a donné de tous les types de
biens. Il sera apporté et Allah lui fera reconnaître ses bienfaits sur lui et
il les reconnaitra. Il demandera : Et qu’as-tu fait avec ces bienfaits ?
l’homme dira : Il n’y a pas une seule chose dans laquelle tu aimes que l’on dépense
sans que j’aie dépensé pour toi. Allah dira : Tu mens, tu as plutôt dépensé
pour que l’on dise que tu es généreux et cela a été dit. Ensuite Allah va
ordonner qu’il soit traîné sur son visage jusqu’à ce qu’il soit jeté dans le feu
».
La
récompense divine ne parvient au croyant qu’une fois cette épreuve d’intimité
et de sincérité passée avec succès. Allah regardera la prédisposition du cœur
pour rétribuer le croyant.
Il scrutera
l’intention cachée et désapprouvera l’acte, tant qu’en toute intimité et dans
le secret de sa conscience, l’on n’a agi pour un autre que Lui.
Le succès du
croyant ici-bas et dans l’au-delà réside donc dans la pureté de l’intention à
ne désirer autre que ALLAH, à ne rechercher que la satisfaction exclusive d’ALLAH
en toute circonstance. C’est la réalité d’une telle pureté intérieure qui a
engendré la victoire éclatante des musulmans à la bataille de ‘‘Badr’’ aux
premières heures de l’expansion de l’Islam à Médine, alors qu’il n’y avait que 313
musulmans ignorant tout de la guerre, en face d’un millier de soldats mécréants
rudement entraînés et prêts à tuer, de surcroit au cœur d’un mois de Ramadan. La
Volonté d’agir pour préserver l’Islam, non par ostentation, mais par la rage et
la force de l’union des cœurs et de l’amour en Allah a détruit les stratégies
de l’ennemi et suscité l’affliction dans son camp avec une défaite cuisante à
l’affiche.
En vérité,
ce qui manque aux hommes aujourd’hui, spécifiquement à tous ceux qui
revendiquent et disent appartenir à un univers de valeurs de foi et de croyance,
ce n’est pas l’absence de religion. Ce qui est valorisant pour eux, ce n’est
pas que l’accomplissement des œuvres de dévotion. L’acte ne crée l’étincelle à même
d’alimenter un feu capable de consumer les ténèbres du cœur et d’éclairer le
chemin de l’évolution spirituelle, que s’il n’est motivé exclusivement que par cette
conviction et disposition intime à n’agir que pour l’Amour du Seul Digne d’être
auréolé et louangé, ALLAH.
Ceux qui se
distinguent dans leur cheminement et leur intimité, sont justement ceux qui ont
fait le deuil des regards flatteurs et des propos flagorneurs, ceux qui
agissent sans calcul égocentrique et ostentatoire, ceux dont l’acte ou l’œuvre
n’est aucunement monnayé contre une recherche d’intérêt ou de satisfaction personnelle.
Ceux-là sont
justement les intimes de DIEU. Ils n’adorent plus par crainte, par contrainte
ou pour la recherche du paradis. Ils adorent par reconnaissance et par amour.
Leur cœur
brûle chaque jour de ce désir ardent du rapprochement et de la quête de
l’intimité en tout acte qu’ils posent.
Ils
n’adorent plus avec les membres ou les seuls sens. Ils adorent avec la
profondeur de l’âme et la pudeur du cœur. Ils ne communiquent plus avec la
langue, au-delà, ils communient avec le cœur. Leur silence est de toute
éloquence, leur observation, l’expression du dialogue du cœur au Créateur du cœur.
Heureux
celui qui n’adore que pour l’intimité, qui n’espère qu’en Allah Seul et qui
n’implore que son secours, tel que cela transparait de manière répétitive dans
les cinq prières quotidiennes : « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le
Très Miséricordieux. Louange à Allah, Seigneur de l’univers. Le Tout
Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Maître du Jour de la rétribution.
C’est Toi
[Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul] dont nous implorons secours.
Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs,
non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés. » Sourate 1 du Saint
Coran.
Les sept
répétées qui contiennent le secret de la réussite de la vie du musulman,
ici-bas et de l’au-delà.
Ainsi
soit-il.
El Hadj Diabaté
Fousséni (journaliste-écrivain)