Comme dans Le fils de-la-femme-mâle, Maurice Bandaman intègre le conte dans la structure du roman. Il brise les canons de l’écriture romanesque pour l’adapter à l’esthétique du conte.
A Boubounie
où l’histoire se déroule, Akèdèwal’Araignée, le narrateur-personnage, fourbe,
rusé et affabulateur, conte sa tragédie à travers un mythe fondateur. Dans un
rêve, Dieu le dote d’un grand pouvoir et d’une immense richesse. Mais à son
réveil, l’Araignée retrouve sa réalité de pauvre hère. Déçue, elle court chez
Dieu lui demander de la rendre coûte que coûte riche comme dans son rêve. Dieu
satisfait à sa demande sous une condition : être juste, ne pas abuser de son pouvoir
et de sa richesse… Akèdèwa ne respecte pas sa parole. Comme il fallait s’y
attendre, Dieu le déchoit. Revenu à son état initial, l’Araignée, avec une
capacité de se métamorphoser, raconte son malheur, mais aussi le règne et les
humeurs de Kanégnon, le président sanguinaire.
Pendant ce
temps, Boubounie est en guerre. Kanégnon son président-dictateur et des
rebelles s’affrontent… Pris ainsi au piège de la tempête de feu de cette «
guerre des gaous », le peuple voit le sang couler en flots ininterrompus.
Partout l’horreur est visible et les valeurs morales partent à la dérive, comme
emportées par un courant dévastateur.
Les
personnages de Maurice Bandaman sont atypiques et dotés de pouvoirs
extraordinaires. Akédéwa et Kanégnon ont des capacités surnaturelles de
métamorphoses… Kanégnon est d’abord « transformé en un tourbillon » puis, en «
objet visible et invisible » et enfin en un chat.
Satire
sarcastique, L’État Z’héros ou la guerre des Gaous dévoile le côté sombre du
pouvoir et l’injustice dont sont victimes les populations.
« Comment en
sommes-nous arrivés là ? » semble se demander Maurice Bandaman. Se le
demandant, l’auteur nous questionne sur la problématique du pouvoir politique
et les valeurs morales. La politique est-elle incompatible avec la morale ?
Toutefois,
c’est avec humour et dans un langage à forte coloration ivoirienne que l’auteur
décrit les horreurs et la dégradation des valeurs morales et sociales que
charrient les crises politiques. En effet, Maurice Bandaman met en évidence des
éléments culturels de la Côte d’Ivoire en affichant une esthétique particulière
dans son écriture.
Présentant
ainsi L’État z’héros ou la guerre des gaous comme un réceptacle identitaire à
travers les vestiges culturels mis en évidence.
Cela dit, il n’en fallait pas mieux à Maurice Bandaman, en regardant autour de lui, d’en arriver à cette malheureuse conclusion : la guerre, c’est toujours le peuple qui en pâtit…
Serge Grah (Journaliste et écrivain)
L’État z’héros ou la guerre des gaous, Maurice Bandaman
FratMat Editions/Michel Lafont, 2016, 286 pages