Viviane Kouamé, bonjour
Bonjour.
Qu’est-ce
qui vous amène au métier de chocolatier ?
Plein de choses, l’héritage familial de statut de planteur de cacao, la curiosité d’une adolescente qui peine à croire que le chocolat sort d’une simple cabosse de cacao, l’amour nourri pour l’or brun et cette magie qu’on rencontre à chaque coulé de chocolat.
Qu’a-t-il de
si particulier ?
C’est le seul aliment que je connaisse qui, lorsqu’il est transformé brut, est un atout pour la santé. Mieux, ne dit-on pas que le chocolat réjouit les cœurs et signe l’Amour avec grand A ?
Au-delà de la passion, quelle autre motivation vous guide ?
Vous savez, il y a un sentiment indescriptible que l’on ressent en tant qu’artisan maître chocolatier, celui de voir la transformation de la fève quelconque de cacao au chocolat que l’on savoure. De plus, j’ai longtemps cherché ma voie dans divers métiers, mais celui de chocolatier a su me tenir et raviver la flamme de l’artisanat vrai aux côtés de mentors de renommée internationale.
Faut-il y voir une approche militante également ?
Oui militante pour la réalisation des rêves, militante pour l’amour du travail, militante pour la reconnaissance des valeurs locales, militante pour l’apprentissage auprès de spécialistes pour asseoir un savoir-faire indiscutable
Laquelle de vos créations vous paraît la plus emblématique ?
Ah le masque de Zaouli ! À la base je me cantonnais à la phase de transformation vers des tablettes ou autres dérivés du chocolat jusqu’à ce qu’à la faveur d’un évènement on me demande de créer quelque chose d’authentique, de comestible mais, qui tiendrait le temps des expositions. Ce fut une belle expérience qui m’a permis aujourd’hui d’être plus à l’aise avec cet aspect de mon métier. D’ailleurs, lors de mes dernières représentations, j’ai présenté des tenues et accessoires de femmes faites en chocolat au Salon du chocolat de Paris. Ce qui était une première, non seulement pour l’Afrique, mais surtout pour la Côte d’Ivoire.
Qu’est-ce qui vous inspire dans vos créations ?
L’inspiration vient de partout, aucun artisan ne peut évoluer sans écouter non seulement son cœur, mais également, sans prêter attention à son environnement. Après, les idées et intuitions sont évaluées et mises sur croquis puis réalisées. Relativement aux saveurs, je reste à l’écoute de mes impressions gustatives à chaque bouchée d’un simple garba qui est à l’origine du chocolat à l’attiéké, notre recette vedette de 2025.
On note une forte appropriation du savoir-faire culinaire ivoirien comme si vous vous posiez en ambassadeur du « Made in Côte d’Ivoire »…
Je dirais plutôt que je m’inscris dans le savoir-faire ivoirien, profitant des quelques lucarnes offertes pour promouvoir le made in Côte d’Ivoire.
Quels sont les défis qui se posent à vous dans l’exercice de votre métier ?
Les défis sont nombreux. Financement, accessibilité aux marchés, les coûts de production, mais comme j’aime à le dire, les défis sont à surmonter un à un. D’énormes efforts sont consentis par les régulateurs du marché pour aider les artisans à s’exprimer.
Le cadre légal et institutionnel ivoirien est-il propice à l’éclosion de champions nationaux dans votre domaine ?
C’est pour moi le lieu de remercier les institutions nationales qui ne lésinent pas sur les opportunités offertes pour promouvoir nos produits sur le plan national et international. Et ces opportunités partent des médailles de reconnaissances, à la participation à des évènements nationaux et internationaux qui sont des vitrines commerciales non négligeables.
Les consommateurs ivoiriens consomment-ils en nombre vos produits ou faut-il relativiser ?
Les tendances changent peu à peu, car j’observe depuis la mise en place de ma marque CHOCOVI, de plus en plus d’Ivoiriens pensent au chocolat dans leur kit cadeau de chaque jour. Des efforts sont à faire encore pour offrir à ce public particulier des saveurs qui parlent comme le chocolat au gingembre, au piment, au riz ou encore à l’attiéké.
Le chocolat reste un produit élitiste dans un pays classé premier producteur mondial de Cacao. D’après vous, que faut-il faire pour le vulgariser ?
Le chocolat est déjà connu en Côte d’Ivoire et cela reste un avantage pour tous les opérateurs du secteur. Toutefois, en notre qualité d’Artisans, nous devons main dans la main vulgariser les bienfaits encore méconnus de cet or brun pour une meilleure adhésion des consommateurs. A cet effet, depuis quelques années j’ai personnellement créé un chocolat 100 % destiné aux diabétiques de même qu’une tisane apaisante en plus de la poudre de cacao nature unique pour les personnes à santé fragile.
Votre réputation au plan national se construit et se renforce progressivement. En témoignent les nombreuses distinctions reçues. Quid de l’international ?
Il faut peut-être rappeler que les premières distinctions de Viviane Kouamé en tant que artisan maître chocolatier ont été obtenues à l’international. Toutefois, je continue de m’améliorer, de me former pour être avant tout reconnue en tant que la championne ivoirienne du chocolat.
Comment sont perçues les initiatives comme les vôtres sur les marchés internationaux ?
Pour le peu que je sache, le chocolat ivoirien est apprécié à l’international sur le marché de la France, notamment avec le SIA et aux Etats unis où, les saveurs présentées ont reçu une bonne note à cause peut être de leur composition atypique. Et, il est impérieux de préciser que la majeure partie des initiatives sur les marchés internationaux ont été possibles grâce à nos institutions et ministère de tutelle.
Quelles sont les clés de succès dans l’industrie du chocolat ?
Aimer avant tout le cacao et le respecter en tant que or brun.
A contrario, quels sont les pièges à déjouer ?
Le plus terrifiant des pièges est de refuser de poursuivre son rêve d’être un acteur à part entière de l’industrie du chocolat.
Quel
objectif visez-vous à terme ?
A terme, j’ambitionne de former des jeunes et leur donner l’opportunité d’être classés parmi les meilleurs chocolatiers au monde.
Cheick Yvhane