Avec, en ligne de mire, « Kanga Nianzè », le bain rituel, l’ultime étape avant le départ vers...l’inconnu qui s’avèrera marquée d’un non-retour. Et ce, sous le sceau de la soumission, de l’asservissement. Bref, de l’esclavage. Aujourd’hui, bien des Afro-descendants, notamment des Antilles, effectuent, aux côtés d’Ivoiriens et autres diasporas africaines, des pèlerinages à Kanga Nianzè.
Toute chose qui lui confère un intérêt de lieu de tourisme mémoriel qui invite à étoffer son attractivité par l’instauration d’un contenu documenté par des recherches historiques, anthropologiques et archéologiques, des fresques culturelles et cultuelles. Ce à quoi, les ministères ivoiriens en charge de la Culture, du Tourisme et de la Recherche scientifique travaillent en chorus.
S’il est
vrai que de prime abord, lorsqu’on parle de l’esclavage, la Côte d’Ivoire ne
fait pas partie des premiers pays auxquels on pense pour accomplir le devoir de
mémoire, il est tout aussi vrai que « La route des esclaves » est aussi passée
par notre « Sublime Côte d’Ivoire ».
À Kanga
Nianzé, près de Tiassalé dans la région de l’Agnéby- Tiassa, un mythe se
transmet depuis des générations. Après plusieurs jours ou plusieurs semaines de
marche, les captifs faisaient escale dans le village pour un rituel sacré : un bain
purificateur dans la rivière Bodo qui guérissait leurs blessures et leur
faisait oublier leur vie passée. Leur dernier bain avant d’être acheminés par
le fleuve Bandama jusqu’à Cap-Lahou, aujourd’hui appelé Grand-Lahou, où ils
étaient livrés à des négriers contre des marchandises.
Si cette
version est une interprétation de l’histoire qui s’est installée au fil des
années, Kanga Nianzé a bien été un lieu névralgique sans en être l’épicentre de
l’esclavage et de la traite négrière transatlantique en Côte d’Ivoire. C’était
une étape sur une des pistes du commerce. Tiassalé, située à quelques
kilomètres, était un carrefour d’échanges assez important. « Arrivé là, il
fallait rendre le produit de traite présentable à l’acheteur. Cela nécessitait
un bain, qui avait un caractère purement hygiénique, explique Gildas Bi Kakou,
historien chercheur à l’université de Nantes. De plus, rien ne prouve que,
lorsqu’on échangeait des esclaves à Tiassalé, la majeure partie du convoi
descendait jusqu’à Cap-Lahou. Certains étaient utilisés pour des activités sur place.
»
Au 19e siècle,
Cap-Lahou était le second port le plus important depuis le Libéria jusqu’à la
frontière du Ghana et le plus important débouché pour le transfert des esclaves
outre-Atlantique. Mais avant de partir vers leur destinée, il fallait passer
par cette dernière étape de Kanga Nianzè.
Pour la
petite histoire, il faut savoir que Kanga signifie esclave et Nianzè vase, en
Akan. Le village a reçu ce nom après la colonisation.
Tes souvenirs, tu oublieras
La rivière
Bodo a fait la réputation du village Kanga Nianzè. En effet, le cours d’eau
aurait des vertus mystiques semblables à celles de l’arbre de l’oubli à Ouidah
au Bénin.
Selon la
légende, la rivière Bodo effaçait les souvenirs du passé pour quiconque s’y
baignait. Raison pour laquelle, les captifs en partance pour l’ultime voyage,
faisaient une dernière halte à Kanga Nianzè pour le bain de l’oubli. C’est seulement
après cette dernière cérémonie qu’ils prenaient la route de Cap-Lahou.
Et ta mémoire, nous honorerons
À la faveur
du projet « Route des esclaves » porté par l’UNESCO, le village de Kanga Nianzè
a été reconnu comme un des lieux témoins de cette triste histoire du continent.
Depuis le 7 juillet 2016, une stèle a été inaugurée dans le village de Kanga Nianzè. Ce monument est un hommage à ces braves hommes et femmes arrachés à leur continent.
Rémi Coulibaly
(Journaliste
chef de service médias ministère du Tourisme et des Loisirs)