Elisabeth Moreno a abandonné la toge de juge pour embrasser les affaires.

Elle a préféré à l’environnement judiciaire le challenge, le travail en équipe pour mener à bien un projet, le dépassement permanent et la remise en cause des statu quo. Rencontre d’esprit avec une adepte du management participatif qui considère que « La rigueur est une qualité, mais trop de rigueur mène à la rigidité. »

 

Dans cette entrevue enrichissante, Elisabeth Moreno se révèle et dévoile ses aspirations, ses motivations et ses solutions pour une Afrique prospère, l’emploi des jeunes et le développement par l’inclusion des femmes, notamment au haut niveau décisionnaire. Sans détour, elle affirme que le sursaut espéré de l’Afrique viendra de la bonne gouvernance et d’une vision politique claire et inclusive.

 

Elisabeth Moreno, bonjour. Que fait une juge dans les affaires ?

Je suis entrée dans le monde des affaires il y a plus de 20 ans, juste après mes études en droit. Je me destinais à devenir avocate et la vie en a décidé autrement. J’ai alors cofondé une entreprise dans la construction et la réhabilitation thermique. Et presque 7 ans plus tard, j’ai basculé dans le monde technologique. Mais je gardais ce goût pour le droit et la justice et, il y a une dizaine d’années, une amie m’a présentée un Juge consulaire qui m’a parlé de son métier avec passion et m’a expliqué que je pouvais combiner mes activités professionnelles avec celles de Juge Consulaire. J’ai passé les examens, je suis sortie major de ma promotion puis j’ai été élue Juge.

La particularité de cette fonction tient au fait que nous sommes élus par d’autres professionnels pour traiter des affaires commerciales. Nous sommes d’abord des professionnels qui apportons notre expertise professionnelle au sein des Tribunaux. Les deux ne sont donc pas incompatibles, bien au contraire, elles sont complémentaires !

Mes nouvelles fonctions en tant que Vice-présidente d’HP Afrique ne me permettent malheureusement plus de poursuivre cette activité, mais j’espère y revenir un jour.

 

Le monde des affaires est connu pour ses compromissions parfois. N’est-ce pas antinomique avec votre casquette d’exmagistrate ?

Oui, il y a beaucoup d’exemples de compromissions dans le monde des affaires. Mais il existe aussi des dirigeants qui mettent en pratique des valeurs saines qui se concrétisent par la concertation, le management participatif ou toute autre méthode qui fait passer le collectif avant l’individuel, qui considère que la vérité est collective et qu’on est toujours plus intelligent à deux que seul. Je suis dans les affaires depuis plus de 20 ans maintenant. D’abord en tant que cheffe d’entreprise puis dirigeante dans des grands groupes internationaux français, chinois et américains. Je n’ai pas eu à faire de compromissions pour avancer. Bien sûr, cela m’a demandé du temps, de la patience. Il m’a fallu négocier, passer par des étapes différentes, plus complexes et plus longues pour parvenir à un objectif fixé. Il m’a fallu gérer des frustrations, des insatisfactions… mais lorsque l’on fait ce qui doit être fait, selon des valeurs éthiques et responsables, on peut dormir sur ses deux oreilles. On ne réussira pas tout, tout de suite, mais on se forge un caractère et une réputation. Et dans ce monde très globalisé, de plus en plus transparent du fait des réseaux sociaux, la confiance et la fiabilité sont essentielles. Avec le temps et l’expérience, j’ai appris que dans les mondes social, économique, privé et même politique, il faut parfois faire des concessions pour parvenir à des consensus. Et cela est parfaitement acceptable s’il s’agit de trouver des solutions qui satisferont l’intérêt collectif. Il est donc possible de faire des compromis sans se compromettre. Simplement en respectant ses valeurs fondamentales.

 

Que n’aviez-vous pas avec la toge que vous confère le costume de cheffe d’entreprise ?

Le goût du challenge, le travail en équipe pour construire un projet et le mener à bien. Le dépassement permanent, la remise en question des statu quo.

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