En 1897, le sociologue français Émile Durkheim publie un livre, Le suicide, dans lequel il explique que le suicide est généré par le défaut d’intégration sociale, c’est-à-dire la faiblesse des liens avec les autres ou simplement la solitude. Mais comment peut-on en arriver à connaître une expérience de solitude alors que nous vivons dans un quartier, une ville, un monde composé de milliers, de millions, de milliards d’humains et d’êtres vivants avec lesquels il est possible d’interagir ? La question mérite d’être posée, ce d’autant plus qu’à l’instar du principe mathématique qui pose que par un point A passe une infinité de droites, de même il existe un axiome sociologique qui soutient que par un être humain passe une infinité de relations sociales. En clair, chaque être humain est potentiellement capable de nouer des contacts, des amitiés, des camaraderies, des relations amoureuses etc. avec n’importe lequel des autres êtres humains (ou êtres vivants). Dans ces circonstances, les possibilités d’étoffer son capital social sont telles que parler de solitude humaine reviendrait à évoquer l’histoire d’un individu qui crie famine alors qu’il se trouve dans un restaurant. Et pourtant, lequel ou laquelle d’entre nous peut affirmer ne s’être jamais senti(e) seul(e) ?

Se sentir seul(e) n’est pas seulement la conséquence d’un manque de solidarité des autres. C’est aussi le fruit de notre incapacité à accepter les autres tels qu’ils sont.

Le fait est que la solitude n’est pas simplement une absence physique de personnes autour de soi. Elle est aussi relationnelle de sorte qu’on peut avoir un(e) conjoint(e), une famille, des collègues etc. et se sentir seul(e). Ce constat amène à voir la solitude comme une réalité subie, provoquée ou les deux en même temps. La « solitude subie » est vécue comme un abandon, un rejet ou une discrimination dont on peut faire l’objet de la part des autres en lien avec des divergences d’apparences physiques et sociales, d’opinions, de pratiques ou à cause de la perception des autres que nous ne présentons aucun intérêt pour eux. Face à ce genre de solitude, deux attitudes peuvent être adoptées pour en sortir. La première serait de faire des concessions en se conformant aux décisions, aux manières d’être, de faire et de penser du groupe ou des individus avec lesquels nous voulons interagir.

Car, bien qu’il soit peu courant de le reconnaître, se sentir seul(e) n’est pas seulement la conséquence d’un manque de solidarité des autres. C’est aussi le fruit de notre incapacité à accepter les autres tels qu’ils sont.

Par ailleurs, dans le cas où la logique du conformisme ou de la concession ne saurait être une option, la seconde attitude qui implique une « solitude provoquée », serait de sérieusement envisager à faire sien le dicton qui dit qu’: « Il vaut mieux être seul que mal accompagné ». Car, à quoi cela servirait d’établir des relations « toxiques » qui, en elles-mêmes, portent les germes de conflits latents et à venir ? Dans tous les cas, la solitude n’est jamais une fatalité dans la mesure où, quel que soit le type de rejet ou de discrimination (subie ou provoquée) que nous pensons subir, il est toujours possible de le résoudre en recherchant la voie de la conciliation avec les autres.