Charme du passé

ÉTUDIANTS D’HIER

Les enviÉs d’une époque

Jusqu’en 90, Abidjan est un carrefour incontournable. D’une région à l’autre du pays, chacun est fier d’y avoir ses bacheliers. À la rentrée, déjà, le campus vibre au rythme des nouveaux locataires. Les « parents » !

 

Par Charlotte HUON

 

Après avoir trimé, comme des forcenés, la capitale économique ivoirienne leur tend les bras. À l’intérieur du pays, certains ont entendu parler d’Abidjan dans les bouquins, à la radio ou à la télévision nationale. D’autres découvrent le bus, les feux tricolores, les supermarchés, la patinoire d’un grand Hôtel et parfois même la mer pour la première fois. C’est une étape importante de dépaysement personnel pour ces jeunes intellectuels.

L’INTÉGRATION

Après donc la proclamation des résultats, il faut tout de suite trouver un parent ou une connaissance à Abidjan. Une fois, cela fait, très vite, ils prennent leur marque. Le rythme de vie, au bord de la Lagune Ébrié, humé de libertés et d’ambitions. D’abord sur le campus. Tout de suite, il faut s’approprier sa faculté et appréhender les cours en amphi avec les doyens. Le mot d’ordre est clair : passer rapidement les DEUG (ou DEUL) pour se mettre sous le « parapluie atomique » – une fois en  Licence.

Ensuite, dans les cités universitaires. Ces résidences, placées aux quatre coins d’Abidjan (Cocody, Yopougon, Port Bouët et Abobo), sont aménagées en tenant compte à la fois du type et du niveau de formation ainsi que du statut matrimonial de l’étudiant. Ces années-là, être étudiant revêtait un cachet spécial. À l’université, les idéologies naissent à travers associations, mouvements et clubs. Un univers où se retrouvent les filles et les fils de la nation.

LA BOURSE

Au-delà de l’aide (n’daya) octroyée par la fondation Thérèse Houphouët-Boigny, il y a la bourse, convoitée par tous. Elle donne droit à d’énormes privilèges. Bus, restau, chambres. Les boursiers, filles et garçons, sont respectés par tous, et convoités par les filles. Sur le campus et en cité, les filles, quant à elles, sont dans le viseur des « grottos ». Et comme le dit l’artiste BigSat : « Qui n’aime pas ça ? ».

 

D’ailleurs, l’élite a droit à la bourse d’étude étrangère. Ils sont nombreux, cadres de l’administration, à avoir profité de cette passerelle pour aiguiser leur profil de carrière. Parce que l’éducation est au cœur de la politique de Felix Houphouët-Boigny. Les autres, restés au pays, profitent du plateau technique de l’enseignement supérieur.

 

LA FIERTÉ

Pendant les vacances, l’étudiant(e) repart dans sa ville et dans son lycée pour saluer les enseignants et les encadreurs. Il(elle) est reçu(e) dans les classes par les professeurs. Les nouveaux intellos, au champ avec la machette, motivent les autres, encore au village. Le cursus et le processus se poursuivent. Après les concours, place à la vie de fonctionnaire.

 

À l’université d’Abidjan, c’est l’ère des variétés françaises, et du Hip Hop (américain) – vulgarisé à la télé par Yves Zogbo Junior et sa bande de break dance. Vient ensuite  la génération zouglou, avec Didier Bilé et les parents du campus.