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TEMOIGNAGE : la puissance d’un acte

UNE PUISSANCE A LAQUELLE NOUS AVONS DU MAL A CROIRE Nous ne pouvons pas imaginer à quel point nos actes sont puissants. Nous faire prendre conscience de cette puissance est sans nul doute un des objectifs majeurs de la mission du Christ. Tout au long de l’Évangile en effet, Jésus redit inlassablement aux hommes combien la puissance qui les habite dépasse toute mesure. « Si tu savais le don de Dieu... » (Jn 4, 10) ; « Si vous avez de la foi comme une graine de moutarde, vous direz à cette montagne : Déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible » (Mt 17, 20). Pour le Christ rien n’est petit dans notre vie, le moindre de nos actes a une puissance de transformation et de guérison immense. « Quiconque donnera à boire rien qu’un verre d’eau fraîche à l’un de ces petits en tant qu’il est un disciple, amen je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense » (Mt 10, 42).

Le Christ nous fait surtout comprendre que cette puissance qui habite nos actes nous est profondément remise. Nous pouvons en faire bon usage comme nous pouvons la négliger, l’étouffer, voire même ne pas y croire du tout. Dans la célèbre parabole des talents, celui qui a enfoui son talent dans la terre ne veut pas oser croire qu’il a cette puissance en lui-même et il la rend totalement inactive. « Il s’en alla faire un trou en terre et enfouit l’argent de son maître » (Mt 25, 18). Il nous faut nous poser la question : que devons-nous faire pour redécouvrir cette puissance au dedans de nous, comment lui permettre de prendre toute son ampleur ?

 

La foi et la puissance de nos actes

Qu’aurait dû faire cet homme qui a enfoui son talent dans la terre ? Il aurait dû accueillir en tout premier lieu la confiance que Dieu lui avait fait dès le début. En effet, au commencement de la parabole des talents, il est dit que le maître a donné « à chacun selon sa capacité » (Mt 25, 15). Autrement dit, le maître de la parabole a fait comprendre à cet homme qu’il était parfaitement capable de faire fructifier son talent. La première chose que Dieu nous offre est sa propre confiance. Nous ne pouvons pas avoir confiance en nous si au plus profond de nous-mêmes nous ne découvrons pas la confiance folle que Dieu nous fait.

Cela est déjà vrai humainement parlant. Un enfant à qui on répète sans cesse qu’il est incapable finit par croire qu’il est réellement incapable, et il n’a pas de stabilité en lui. Mais si ses parents lui ont fait confiance, cet enfant sera fort pour tout le reste de sa vie. Cela est encore plus vrai dans l’ordre des choses divines, car Dieu ne nous propose pas sa confiance seulement au début, mais il nous la propose sans cesse. C’est pourquoi la première chose à faire si nous voulons être investis de la puissance de Dieu, est de lui demander de nous faire réentendre sa confiance infatigable, même après nos échecs. C’est cette confiance qui nous fortifie puissamment.

La puissance divine agissante dans notre faiblesse

Cependant, il y a un secret plus profond encore à découvrir si nous voulons que la puissance de Dieu se déploie pleinement en nous. Dans l’Évangile Jésus ne nous fait pas seulement comprendre que nous sommes capables de faire telle ou telle chose, mais il nous fait pressentir encore que la puissance de Dieu se déploie d’une manière unique en nous lorsque nous ne sommes plus capables de rien. De façon mystérieuse, c’est dans la détresse que la puissance de Dieu donne toute sa mesure. « Ma grâce te suffit car la puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Quel est le secret de cette puissance mystérieuse qui donne toute sa mesure dans notre faiblesse ?

 

De façon étonnante, Jésus affirme que lorsque nous entrons dans la mort, c’est-à-dire lorsque nous ne pouvons plus rien faire, c’est alors que nos actes sont les plus puissants. De fait peu de temps avant de mourir Jésus dit : « Amen, Amen, je vous le dis, si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Et Jésus ajoute que cela est aussi vrai pour nous : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12, 26). Cette parole est mystérieuse, comment pouvons-nous servir encore en quoi que ce soit à Jésus et à sa puissance si nous le suivons dans la mort ?

Devenir instrument de Dieu

Pour comprendre cette affirmation, il faut prendre le terme de « serviteur » dans son sens le plus extrême, celui de l’instrument. Un instrument en effet est un serviteur extrême, qui se laisse totalement utiliser. Un crayon, un tournevis ou une pelle par exemple, permettent à l’homme de réaliser son action avec plus d’ampleur et de précision. De la même manière, Dieu veut que nous soyons ses instruments dans ses mains afin qu’il puisse faire surabonder sa puissance à travers nous. C’est ce qu’ont affirmé avec audace les saints qui ont été spécialement traversés par la puissance de Dieu. Ainsi mère Térésa disait : « Seigneur je suis un petit instrument. Très souvent j’ai l’impression d’être un bout de crayon entre tes mains. C’est toi qui penses, qui écris et agis. Fais que je ne sois rien d’autre que ce crayon ».

Or, qu’est-ce qui est demandé à un instrument si ce n’est de bien se laisser tenir par celui qui s’en sert ? Si un crayon refusait de se laisser bien tenir et cherchait à écrire à la place de l’écrivain, il viendrait parasiter son action au lieu de lui permettre de déployer toute sa puissance. C’est pourquoi, l’instrument doit plus regarder la main qui le tient, que la feuille sur laquelle il écrit. Souvent nous faisons l’inverse avec Dieu, nous nous laissons impressionner par l’œuvre que nous avons à faire et nous oublions de nous en remettre à lui, de nous laisser tenir par lui.

Il a en va ainsi dans les moments les plus extrêmes de notre vie. Il faut se faire instrument, c’est à dire s’abandonner et s’en remettre totalement à Dieu pour que nous soyons bien tenus par lui. Notre premier réflexe est de chercher à avoir la vision de ce que nous devons faire, ce qui est normal parce que nous sommes des hommes, mais vis-à-vis de Dieu, il en va différemment. Il nous faut premièrement chercher à nous laisser tenir par lui, et ne surtout pas attendre d’avoir une bonne visibilité pour le faire. Pour bien nous laisser tenir par lui, la confiance suffit. Dès que nous donnons notre confiance à Dieu et que nous entretenons le contact avec lui, notamment par la prière, nous devenons des instruments puissants, au-delà même de ce dont nous pouvons avoir conscience. Mais si nous voulons d’abord avoir au préalable la vision des choses, nous ne nous laisserons jamais réellement tenir par Dieu. Nous cherchons en réalité à nous rassurer nous-mêmes car nous avons peur d’être utilisés par Dieu qui a une vision infiniment plus grande que la nôtre. Nous risquons alors de ne jamais devenir instrument de Dieu, mais d’agir seulement en homme à partir de nos petits projets.

 

Instrument de la puissance de Dieu jusque dans la mort

De façon mystérieuse, l’entrée dans la mort nous oblige à être totalement instrument, parce que nous ne pouvons plus rien par nous-mêmes.

Contrairement à toutes les apparences, c’est là que Dieu peut le plus déployer sa puissance, car c’est là qu’il peut totalement nous utiliser sans que nous fassions obstacles avec nos petites idées. C’est ce que Dieu a fait avec Jésus. Lors de sa passion, son corps crucifié a été définitivement revêtu de la toute-puissance du Père. En son corps de chair crucifié et ressuscité, Jésus peut désormais se rendre présent à chacun d’entre nous, en chacune de nos détresses, dans toutes les circonstances de notre vie. La puissance de consolation et de transformation du corps de chair de Jésus est sans limite car il s’est totalement remis dans les mains de son Père pour nous.

Nous pouvons être revêtus de la même puissance de transformation, si nous nous remettons au Père et que nous lui faisons confiance. Là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Lorsque nous acceptons de nous affronter aux détresses du monde, avec confiance et sans chercher à nous dérober, nous sommes déjà revêtus de cette toute-puissance du Père. En effet, Jésus affirme avec audace que les actes que nous posons à l’égard de nos frères dans la détresse, ont une telle puissance que ces actes traversent en quelque sorte le ciel, et ont une valeur royale éternelle : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume. (…) J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… » (Mt 25, 34-35).

 

Frère Thibault