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MARABOUTISME : le sens d’une pratique

Des supputations bon marché qui pullulent de toute part, si elles ne dénotent de l’ignorance de la doxa populaire ou d’une volonté inavouée de couvrir l’Islam d’opprobre en la qualifiant de ‘‘religion du pacte’’, de la religion du Maraboutisme ou du maraboutage.

Tout au plus, la démarcation entre le fait culturel et religieux reste l’otage de la pratique des membres de certaines communautés réputées être les vitrines de l’Islam, des communautés africaines notamment.

Arborant boubous et chapelets, ils sont les clients fidèles de ces personnes assises dans des cases, se contentant des miettes de leurs proies, là où elles se vantent d’offrir à ces derniers, la clé de tous les trésors. PARADOXE cuisant !

Qu’on se le dise net, il ne s’agira point ici d’incriminer une culture, si sociologiquement d’ailleurs, elle n’est une corruption du principe de l’unicité absolue de la divinité, mais d’indiquer la large frontière de démarcation avec la pureté singulière de l’Islam et certaines pratiques dévoyées.

Religion universelle de consécration de l’essence même de la gloire de la divinité absolue, le musulman arabe, asiatique, américain, français, ukrainien, russe, japonais, chinois, brésilien hérite-t-il systématiquement des pratiques du maraboutisme, parce que intimement liées aux principes et fondamentaux de sa religion ?

Le débat aurait pu mourir là de sa belle mort.

DEUX PRATIQUES AUX ANTIPODES

Ils ont de la matière à exploiter, la détresse de personnes vulnérables à la recherche de consolation où de solutions à leur angoisse, leur affliction. Des personnes qui veulent aussi brûler toutes les étapes pour s’offrir la richesse et la célébrité. Des personnes également à la recherche de sécurité spirituelle, si ce ne sont des individus laminés par une rancœur ou jalousie cupide cherchant à nuire à leur prochain qui sont les clients immédiats.

Ils disent détenir les secrets du monde nocturne et diurne et brandissent le Saint Coran comme étant la clé d’accès à ces recettes métaphysiques et spirituelles.

Mais en réalité, ce Livre Saint n’est qu’un appât. Le non-initié ne saura jamais qu’il est l’instrument dévoyé et qu’en réalité, l’obtention de ces secrets supposés cachés n’est possible qu’à la suite de la profanation de ce Livre Sacré. Le Profane ne saura jamais qu’ils ont scellé des pactes avec le diable et que toutes les informations et recettes ne sont reçues que lorsqu’ils parviennent à cette dimension de désacralisation et de profanation du sacré.

Le profane ne saura jamais qu’il a tissé des pactes avec l’esprit malin et que les sacrifices qu’on lui demande de faire sont la contrepartie de ces esprits (des djinns mécréants) et que cela accroît leur pouvoir de nuisance et de domination. Il ne saura pas que ce sacrifice est un pacte qui l’expose à des représailles futures et expose sa famille et ses enfants. Le plus grave, c’est la colère d’Allah qu’il vient d’encourir, dans l’ignorance de la mise en garde du Seigneur.

« …Certes, le fait d’associer à Allah est la pire injustice qui soit » S 31 V 13. « En effet, il t’a été révélé, ainsi qu’à ceux qui t’ont précédé : « Si tu donnes des associés à Allah, ton œuvre sera certes vaine ; et tu seras très certainement du nombre des perdants » S 39 V 65

 

Les deux grands enseignements reçus du Messager d’ALLAH saw sur le décret divin à l’endroit des musulmans qui s’adonnent à la consultance de toute personne qui dit prédire l’avenir devaient suffire à les en éloigner définitivement. «Celui qui va chez un diseur de bonne aventure pour le consulter, pendant 40 jours, il ne verra pas ses œuvres agréées par ALLAH.» Et s’il meurt pendant ces jours ?

 

Les savants indiquent alors qu’après ces 40 jours, il devra faire un repentir sincère et prendre l’engagement devant ALLAH de ne plus s’adonner à de telles pratiques de reniement des principes de Sa Majesté. La suite de l’enseignement est extrêmement sévère, parce que le domaine de l’unicité divine ne se partage point. « Celui qui va chez une personne pareille et croit à ce qu’elle aura dit, aura renié lui sa parole, et par ricochet, la parole d’Allah ». Hadits mis en évidence par Moslim.

Pour le musulman, se rendre simplement chez un diseur de bonne aventure attire la colère d’ALLAH et croire à ses supercheries fait sortir de l’Islam et exige de lui, un repentir définitif et sincère, au risque de mourir comme un hypocrite.

L’ISLAM, LA DEMEURE DES SOLUTIONS

Plus de trois cent soixante idoles (360) étaient adorées dans l’enceinte de la Kaaba avant l’avènement de l’Islam. Sur ordre d’ALLAH et instruction du Messager saw, elles ont toutes été détruites lors de la conquête de la Mecque. Auparavant, les idolâtres arabes avaient fait une proposition insolite au Messager d’ALLAH, saw. Ils avaient suggéré qu’une période de l’année soit dédiée à l’adoration de leurs fausses divinités et l’autre moitié à l’Islam.

Comme réponse à leur supercherie, le Seigneur fit descendre la sourate Kafiroune ‘‘Les mécréants’’.  Dis : « Ô vous les infidèles!Je n’adore pas ce que vous adorez.Et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore.Je ne suis pas adorateur de ce que vous adorez et vous n’êtes pas adorateurs de ce que j’adore.A vous votre religion, et à moi ma religion ». S 109. V 1 à 6.

Depuis les premières heures de l’Islam, toute pratique visant à grignoter sur l’unicité divine a été rigoureusement proscrite et bannie.

Le Messager d’ALLAH saw était intimement lié à l’exigence de communion dans les règles de l’art de la pureté de l’unicité divine. Il a enseigné durant sa mission aux compagnons, toutes les pratiques religieuses et spirituelles qui pouvaient leur servir de clé pour ouvrir les portes du succès ici-bas et dans l’au-delà.

Il est vrai que le mot marabout a existé à l’époque andalousienne et que le marabout appelé ‘‘al mourabit’’ était plutôt un enseignant et un légionnaire. Il se déplaçait de contrée à contrée pour apprendre et enseigner l’Islam et il était ainsi respecté pour sa science et sa piété. Mais il ne consultait point, ne pactisait pas avec les esprits invisibles et ne proposait pas des recettes autres que celles qui répondent aux exigences de l’unicité divine et donc qui ne faisaient point intervenir des pactes. Ce mot marabout sera galvaudé plus tard par le colon qui appellera marabout, toute personne usant de pouvoir mystique, animiste, etc.

Mais en réalité, les marabouts étaient des Imams intègres. Ces marabouts modernes ne sont en vérité que des charlatans déguisés, tant qu’ils font de la consultance et proposent des pratiques qui violent les règles du Tawhid (unicité absolue de DIEU). Le Saint Coran demeure pour eux, le plus grand appât. La consultance en Islam a été enseignée par le Messager d’ALLAH. Mais elle ne fait intervenir aucune force mystique satanique. Elle est une sorte de recherche d’agrément et d’éclairage avant d’entreprendre toute initiative. Les compagnons du Messager saw en avaient même fait une prière quotidienne, afin de s’assurer sans cesse de l’inspiration et la présence divine en tout ce qu’ils faisaient.

Ces charlatans déguisés surfent sur cet enseignement et font croire aux ignorants qu’il s’agit d’une prière sécrète réservée à des initiés. Archi-faux ! En vérité, le Messager d’Allah saw l’a enseigné aux musulmans telle une prière ordinaire et c’est à chaque croyant qu’il convient de la réciter, lorsqu’il veut entreprendre un projet quelconque (voyage, mariage, affaire, etc.). Point besoin de demander à un Imam de la faire. Le résultat attendu et obtenu n’est pas tributaire de la sainteté de la personne, mais de la foi et la conviction qu’elle place en ALLAH. Naturellement, comme toute adoration divine, ALLAH est Prompt à répondre au fidèle qu’à l’infidèle, mais sa réponse à l’infidèle qui cherche le chemin du repentir sincère et qui espère en Lui est aussi systématique et acquise. C’est à travers cette disposition de la foi que le Seigneur inspire au serviteur, la bonne décision et le couvre de Sa Miséricorde pour la réussite de son Projet.

 

La formule est tout aussi simple. Le fidèle se met en état d’ablution, exécute deux (2) unités de prière, ouvre et joint ses mains comme pour recevoir la Miséricorde d’ALLAH et s’adresse à Lui en ces termes : « Seigneur Dieu, je Te demande de m’inspirer par Ta Science ; Je Te demande de m’appuyer par Ta Puissance et je Te demande de Ta Grâce Incommensurable, car Tu peux tout et je ne puis rien, Tu sais tout et je ne sais rien, car c’est Toi qui connaît les choses cachées. Seigneur Allah ! Si tu sais qu’il aura du bien dans cette affaire, en ce qui concerne ma religion, ma subsistance dans ma vie d’ici-bas, et ma destinée future, décide en ma faveur et rends la moi facile, puis bénis là pour moi. Et si Tu sais qu’il en résultera un mal pour moi dans ma religion, ma subsistance et mon destin (mon avenir ou mon futur) écarte là de moi et écarte-moi d’elle et décide le bien pour moi là où il se trouve, puis rends-moi satisfait d’elle » Et ainsi dit, il indique verbalement son projet en question ; s’il s’agit de mariage, de voyage, d’affaires, d’études ou toute autre décision ou entreprise importante.

Après cette prière, il garde sa foi en ALLAH. Si l’affaire est bonne pour lui, il se sentira plus motivé, plus déterminé et il verra que les difficultés s’amenuiseront progressivement ou même il pourra le voir en état de rêve ou en vision, le rêve pieux étant l’une des dimensions de la prophétie. Mais si l’affaire n’est pas bonne, les difficultés s’enchaîneront, il se sentira démotivé, ou il aura une réponse dans ses rêves ou visions. Le musulman ne doit pas non plus s’attendre forcément à rêver pour se décider après cette prière. Tant qu’aucun élément factuel ne l’empêche ou ne le décourage, alors il s’engage, convaincu de l’assistance divine.

En dehors de cette prière, le secret du succès du fidèle ici-bas et dans l’au-delà réside dans sa fidélité à la parole divine, la sincérité dans son adoration et sa persévérance dans la quête de l’agrément divin. Tant qu’il demeure sur cette voie, toutes les portes du bonheur s’ouvriront à lui et il n’aura point besoin de vendre son âme à l’esprit malin. Toutes les sourates et les versets coraniques sont à la fois des prières et des recettes spirituelles pour la moindre préoccupation du fidèle, s’il les récite avec foi et espérance et s’il ne vit pas dans le péché ou ne se nourrit pas d’illicite.

Le fossé qui sépare le savoir à l’ignorance fait précipiter bon nombre de musulmans dans le gouffre. Heureux, celui qui apprend sa religion et qui la pratique avec foi, conviction et espérance en ALLAH. L’hameçon du maraboutisme dévoyé ne pêche que des poissons à la périphérie de l’eau de l’ignorance, du désespoir et de l’égarement. Celui qui connaît les principes élémentaires du Tawhid (l’unicité Absolue de DIEU) ne se laisse jamais mordre par un vendeur d’illusion.

Si l’expression marabout n’était pas galvaudée et s’il fallait appeler des personnes marabouts, les imams d’aujourd’hui devaient porter ce nom. En vérité, si nous restituons le mot marabout dans son étymologie et son essence non travestie, cela leur convient le plus, le marabout originellement étant le maître et l’enseignant spirituel.

Les charlatans autoproclamés marabouts ne sont que des pactiseurs et des farceurs utilisant le Saint Coran comme un simple appât. En Islam, consulter et prédire l’avenir est de l’ordre de l’esprit malin, œuvre d’égarement et d’éloignement de la promesse de la salvation divine. Mais le Seigneur accepte le repentir sincère de celui qui a pratiqué de telles déviances et qui implore le pardon divin en prenant l’engagement ferme d’y mettre définitivement fin.

 

 

El Hadj DIABATé Fousséni,  journaliste-écrivain