Loading...

Quel coût pour quel résultat ?

Ils se mettent en quatre pour décrocher leurs diplômes. Leur objectif : se former (aujourd’hui) pour être leader (demain). Rien n’est aussi si sûr qu’avant. Et même si tout le monde milite pour la gratuité, il y a encore une marge considérable pour la formation payante. Elle devient même une alternative sérieuse. L’école est-elle pour autant un luxe ? Sinon, que gagne-t-on réellement en (se) formant ? Et, comment survivre tout au long du processus ? La formation des enfants pèse de plus en plus lourd dans les poches des familles africaines. Penchons-nous sur cette réalité sociale.

 

 

C’est la rentrée ! Vive la rentrée ! Ces slogans semblent ne plus être assez agréables à l’ouïe des parents. À chaque fois, les mêmes tralalas, les mêmes mélodies. D’abord, les démarches, les réunions, les rendez-vous... dans les magasins, chez le médecin... et chez le couturier. Ensuite, les coûts des fournitures scolaires, de la ration alimentaire... et du transport. Tout est à évaluer minutieusement pour que parents et enfants passent une année scolaire paisible. Tout se prépare, dit-on, à l’avance. Étape par étape. Mais les parents ne sont pas à l’abri des éternels changements. Les avertis s’y attendent, forcément. En début, au cours et même en fin d’année (lors des examens). Pour le nouveau cycle (maternel, primaire, secondaire et universitaire), il faut trouver la bonne école. En tenant compte de la situation géographique, de l’aspect sécuritaire, du cadre de vie... Pour le reste, il faut s’assurer de la qualité et du coût de la formation. Cette étape arrive comme un coup de massue sur la tête des parents. Le mental et la calculatrice sont mis à contribution, pour qui veut bien scolariser ses enfants. Sinon, bienvenue à l’école publique ! Sur le continent, le système éducatif public privilégie la formation de base pour tous. S’il n’est pas lié au niveau de la formation (du primaire au secondaire), il s’adapte à l’âge (de 6 à 16 ans). Pour ces deux critères, l’école est obligatoire et (officiellement) gratuite. Au supérieur, le social se désolidarise des parents. La loi du «chacun pour soi, Dieu pour tous» s’applique à la lettre comme  nous l’explique Hervé Éboko (Camerounais, 25 ans), étudiant en maîtrise de Sciences économiques et Gestion, à l’Université Ouaga II (Burkina Faso). Au public et au privé, les questions cruciales de l’orientation et de l’insertion professionnelle n’ont toujours pas trouvé une bonne réponse. Improvisation, impuissance ou confusion. À qui cela profite vraiment ? Le système est établi de telle sorte que les uns payent parce que c’est leur devoir et les autres encaissent puisque c’est leur droit. Au public et au privé, les questions cruciales de l’orientation et de l’insertion professionnelle n’ont toujours pas trouvé une bonne réponse. Improvisation, impuissance ou confusion. À qui cela profite vraiment ? Le système est établi de telle sorte que les uns payent parce que c’est leur devoir et les autres encaissent puisque c’est leur droit. DES MOTIVATIONS... de l’État, des acteurs, des partenaires techniques et financiers. Ils sont tous unanimes : le soleil des indépendances ne brille plus. La politique étatique, consistant à envoyer (en masse et par vague) les intelligences africaines à l’extérieur pour acquérir le savoir(-faire) occidental, n’est plus qu’un vieux souvenir. Les priorités des gouvernements africains sont désormais ailleurs. Leur cagnotte budgétaire, consacrée à l’aide publique pour la formation, a été allégée. Parce que cette approche, pourtant visionnaire, n’a pas été concluante. Les cadres africains (de la diaspora), en lieu et place de mettre leur expertise à la disposition de leur pays d’origine, sont restés (pour la plupart) à l’extérieur. Tout de même, des efforts sont consentis autour de politiques stratégiques de coopération en matière d’éducation. Elles offrent (par an) quelques bourses d’études et prises en charge. Seuls les privilégiés en ont droit. Et, «elles s’octroient avec un manque de transparence flagrant. On ne connaît ni les dates officielles [de lancement] ni les critères de candidature. Pis, on ne voit la liste des admis que bien longtemps après les délais requis», nous fait remarquer Mohamed Diané (Guinéen, 47 ans), spécialiste de la papeterie. «Parfois, les subventions de l’État n’arrivent pas toujours au vrai destinataire. Quand c’est le bon, elles sont maigres (à l’arrivée) et en retard. Le bénéficiaire est obligé de payer de sa propre poche, s’il veut être en règle avec l’administration académique afin de suivre correctement les cours», renchérit Yvette Akouété (Togolaise, 28 ans), étudiante en Économie à l’Université de Chicago (USA). Quoique présentant un problème d’efficacité, les fonds de financement de la formation (professionnelle ou non) des Organisations non gouvernementales (ONG) et des institutions (inter)nationales offrent de meilleures opportunités. À ce niveau, il y aurait donc plus de chances (pour les demandeurs) d’entrer dans le circuit des bénéficiaires. Sauf que les subventions sont attribuées avec des critères assez sélectifs. Ils touchent à des domaines spécifiques : Agriculture, pêche, artisanat, assainissement, décentralisation, transport routier... Ce ne sont forcément pas des secteurs d’activités prisés par la jeunesse africaine. Les établissements financiers ont, quant à eux, développé des produits spécialisés. Ils s’adressent à une catégorie de clients et répondent à des exigences. Les modalités de remboursement du crédit (ou prêt) études sont encore contraignantes. «En Côte d’Ivoire, le remboursement des prêts scolaires se fait avec un taux d’intérêt de 12 à 14 %. Nous n’avons pas de garantie. On ne peut compter que sur les ventes de nos produits. Quand la saison est mauvaise, cela se ressent automatiquement sur nos enfants», nous révèle Aimé Kouassi (Ivoirien, 44 ans), planteur. LE DILEMME. «On a toujours le choix», dit l’adage. Dans ce cas précis, il est très mince et quasiment inexistant. Parce que la formation est une formalité nécessaire pour qui veut que sa progéniture soit prise en compte par le système, et la société de demain. Chaque parent, selon sa bourse, cogite (en permanence) sur la marge de manœuvre acceptable afin de permettre à son enfant d’étudier normalement. «Dans nos pays, envoyer son enfant à l’école est fonction de ses moyens. Quand vous n’avez rien, n’attendez pas que votre enfant aille loin dans les études. Et même si c’est le cas, il n’a aucune garantie de travail», nous confesse dame Marie

Lavon (Togolaise, 69 ans) retraitée de banque. Cette assertion n’est pas partagée par le doyen Baba Fall (Sénégalais, 73 ans). «J’ai quatorze enfants. Ils se portent bien, Al hamdoulilah. Ils ont fait les bancs à l’école publique sénégalaise. Malgré les problèmes du système éducatif, ils ont terminé leurs études. Aujourd’hui, ils travaillent tous. La plus jeune, 24 ans, vient de commencer un stage pratique dans une institution de la place», avancet-il. «Ici comme à l’extérieur, on vit, chacun avec son problème. Même chez les Blancs, la question du chômage des jeunes est au cœur des débats. On ne peut donc pas s’alarmer sur le sort de l’Afrique», nous explique avec insistance Adamin Puplampu, un Ghanéen rentré au pays, après avoir passé une trentaine d’années en Angleterre. L’école africaine pose l’épineuse question de l’adéquation entre la formation et l’emploi. Insérer les diplômés dans le tissu professionnel, du moins créer des entreprises pour. À souhait, cultiver l’entrepreneuriat. Les prévisions, si elles existent, ne sont pas à la disposition du grand public. Les étudiants opèrent des choix du moment qu’ils payent cash (après). Parallèlement, il faut observer les formations «tendances». Ces filières nouvelles ouvertes, sans forcément qu’elles soient adaptées à l’environnent local. L’étudiant, en fin d’études, a généralement du mal à s’insérer parce que les entreprises ne cernent pas l’opportunité d’une telle expertise dans leur développement. «J’ai fait un BTS en mine, pétrole et géologie, dans une grande école de la place. Après ma formation, j’ai eu du mal à intégrer mon secteur d’activités. D’une part, parce que la formation n’était [visiblement] pas pointue. Et d’autre part, à cause des étudiants africains [référencés] venus d’Europe. J’ai dû changer de filière pour augmenter mes chances, alors qu’à l’inscription les encadreurs m’avaient donné toutes les garanties d’insertion», nous explique, amer, Nicaise Achiepo (Ivoirien, 36 ans), agent comptable. Les réalités sont bien différentes, d’une couche sociale à l’autre. D’un pays à l’autre. D’un secteur à l’autre. Chaque profil est un cas unique. Chaque dossier (CV) a sa notice de formation qu’il faut réévaluer pour s’assurer de l’expertise. Les cabinets de recrutement sont avertis : l’offre pédagogique est mal adaptée. Sur le cursus de la formation, il faut donc compter avec la providence des uns et sur l’intuition des autres pour se forger une conviction. Les expériences endurées aiguisent la perception de chaque famille. L’école est désormais une affaire personnelle. On n’est pas sûr mais on y va quand même... À L’ARRIVÉE ? Les parents choisiraient l’école de leurs enfants en tenant compte des critères suivants : la renommée de l’établissement, la performance des enseignements, le taux de réussite aux examens (CEPE, BEPC, BAC...), le pourcentage des nouveaux entrants (chaque année)... Les fondateurs d’école l’ont bien compris. Ils ont rodé leur business. Avant (et pendant) chaque rentrée, la campagne marketing (virale) pour gagner le cœur des cibles fait rage. Elle est construite autour de partenariats avec des établissements internationaux de référence, pour appâter les cibles. Il est difficile aux parents d’en avoir la certitude. Malgré les mesures annoncées, les États semblent impuissants. Des établissements ouvrent leur enseigne sans en avoir eu le droit, et sans qu’ils ne réunissent les conditions (de base) pour opérer officiellement sur le marché de la formation. Tout est beau dans la forme. Mais le fond laisse à désirer. Salles de classe, espaces de jeu et de sports, matériels didactiques, dispositifs de sécurité, dispositifs d’hygiène et prévisionnels de secours et enseignants certifiés. Cette liste des manques n’est pas exhaustive. Dans ces écoles «cinq étoiles», tout y passe et tout s’y passe, pourvu que l’apprenant (régulièrement inscrit) soit admis. Parfois même avec la complicité des parents. Le dilemme de l’État et des fondateurs d’école quant à l’environnement de la formation persiste : Soit l’État est rigoureux sur les mesures, et le nombre d’établissements certifiés serait réduit. Il n’y aurait donc pas de possibilités à des milliers d’élèves et étudiants d’aller à l’école alors que l’État (à lui seul) est incapable de résoudre l’équation. Soit les fondateurs se mettent à jour en augmentant proportionnellement le coût de la scolarité. Ce qui réduirait le nombre d’inscrits dans leurs établissements. La véritable difficulté réside (aussi) dans la capacité à conjuguer à la fois le prix et la qualité de la formation. Sur ce chapitre, un rapport (2014) de la Banque mondiale met en évidence un gouffre persistant entre les enfants les plus démunis et les enfants les plus aisés. «Se former bien est devenu une affaire compliquée. Les gens préfèrent se concentrer en payant les concours pour s’en sortir», nous explique Clément Bahe, (Ivoirien, 31 ans), instituteur stagiaire. Fort heureusement, les formations à distance se précisent. Avec, même sur place, une offre qui prend en compte les technologies de l’information et de la communication. Elles touchent beaucoup plus le supérieur. Il faut aussi créer les conditions de sa certification pour encourager son utilisation par le plus grand nombre. La jeunesse africaine doit se laisser (em)porter par les opportunités sur le continent. Pour accroître la perspective d’un accès au marché (avec une main-d’œuvre qualifiée) qu’elle rendrait haut de gamme. Le business school africain doit prétendre au niveau de formation internationale. En s’adaptant aux enjeux locaux pour permettre (enfin) aux Africains d’avoir accès à une formation de qualité et à moindre coût. Parce que l’éducation et la formation sont au cœur des priorités de toutes les familles, si bien que les classes intermédiaires et démunies n’hésitent pas à casser la tirelire. Pour établir une relation de cause à effet entre le COÛT et le RÉSULTAT, une synergie d’actions du système s’impose. En attendant cela, les familles africaines ont commencé à faire étudier leurs progénitures à crédit... ‘‘Le business school africain doit prétendre au niveau de formation internationale. esprit # n° 03 • Oct./Nov. 2016 23 Dossier